2017 : « Se laisser cuire à p’tit feu ou vivre l’utopie ? »

16 janvier 2017

Communiqué des « Amis de la décroissance »

Les « Amis de la Décroissance Nancy» ont invité récemment deux experts du Comité « Adrastia » pour nous sensibiliser à la préparation des grands changements mondiaux à venir.

– vidéo de la conférence visible sur nos sites –

Le rapport du Club de Rome (dit « rapport Meadows »), qui avait prédit en 1972 l’emballement climatique actuel, a été mis à jour en 2012 : les experts prédisent de nouveau des catastrophes majeures dès 2020 et estiment que « pour empêcher la destruction du monde il faut s’imposer une décroissance radicale« .

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RENDRE VISIBLE LA DECROISSANCE, C’EST MAINTENANT

La situation politique générale est au déchaînement sans fard de la violence sociale tant contre les humains (loi travail, stratégie policière du choc…) que contre la nature (NDDL, Europacity, Bure, extractivisme et déchétisme…).

La « croissance et son monde », c’est toujours la croissance de cette violence sociale et écologique. Face à cela, les « décroissants » doivent-ils rester les spectateurs de la société du spectacle, les collaborateurs de l’économie productiviste, les alter-consomm’acteurs de la société de consommation et de publicité ?

Comment ne pas constater pourtant – de Podemos à Nuit debout, mais aussi de Trump/Sanders (pour les USA) à Duterte (aux Philippines) – une demande informe de repolitisation de la société et de la politique ? C’est là que les décroissants doivent assumer une responsabilité démocratique : il ne faut pas laisser le champ libre aux pseudo-radicalités qui empruntent les fausses pistes de la réaction religieuse ou raciste. Ni à ces tentatives multiples, qui se qualifient de « citoyennes », « populaires », et qui placent la charrue des procédures avant les bœufs du projet : même l’exploration la plus ouverte de formes démocratiques doit se faire dans un cadre fondé explicitement et préalablement sur un certain nombre de ruptures, avec l’individualisme, avec le travaillisme…

Les « décroissants » ont fait ces constats depuis longtemps ; mais politiquement ils les ont faits en ordre dispersé : contribuant ainsi directement à leur propre invisibilité politique.

C’est pourquoi depuis l’automne 2015, des « décroissants » éparpillés se sont lancés dans le projet d’une « maison commune » pour faire apparaitre la décroissance en tant que telle.

Ce « processus » pratique une démarche ouverte et exploratoire, en donnant autant de place à l’imagination qu’aux leçons du passé. Des rencontres ont déjà eu lieu pour préparer les débats et les futures décisions à prendre : beaucoup de propositions ont déjà été avancées avec la double ambition d’être à la fois systémique et « clivant et identifiant ».

Ce processus est ouvert et se nourrit de l’enthousiasme. Il va se poursuivre lors des (f)estives organisées cette année à Pontarlier du 13 au 17 juillet 2016. La ligne d’horizon est bien, à l’automne 2016, une assemblée générale constituante de cette « maison commune » de la décroissance.

Ce processus ne part pas de zéro mais il s’appuie d’ores et déjà sur deux axes parfaitement clairs : d’une part, il s’agit bien de « décroître », c’est-à-dire de repasser sous les plafonds de l’insoutenabilité écologique et de l’indécence sociale, il s’agit bien de résister à l’effondrement qui vient ; d’autre part, chacun peut s’y intégrer en suivant la modalité dans laquelle il se sent le mieux : les luttes de résistances (le Contre) comme les alternatives concrètes (le Pour), la présence dans le champ politique classique, sans oublier l’indispensable travail en profondeur et en radicalité d’une refondation politique et idéologique.

Nous qui avons débuté ce « processus », nous appelons tous les décroissants à s’y joindre pour le modifier, le discuter, le faire vivre, ensemble, de plus en plus nombreux.

A bientôt

http://processus-decroissance.xyz/

 

LA LETTRE de l’Objection de Croissance


RENCONTRES et FORMATIONS à l’ECOLOGIE SOCIALE
et municipalisme libertaire, démocratie directe, autonomie et confédéralisme.

Vendredi 08 Juillet 2016 à 10 H
La Pâquelais
– Vigneux de Bretagne (44)

Nous venons de conclure les premières rencontres internationales de l’Ecologie Sociale à Lyon. Quand ces rencontres ont été organisée, aucun(e) d’entre nous n’avait prévu l’émergence du mouvement Nuit Debout qui s’est développé depuis le 31 mars en opposition à la loi travail et à son monde. Lors de ces rencontres, nous avons constaté que ce mouvement trouve un écho très pertinent dans la pensée de l’Ecologie sociale développée par  Bookchin ( démocratie par en bas , con-fédéralisme) :

– l’affirmation de la démocratie directe et de l’assemblée populaire comme mode de fonctionnement du mouvement.
– au-delà de la question du travail, la dénonciation de toutes les formes de domination, ce qui se remarque par la tenue de commissions thématiques permanentes abordant une très grande variété de sujets.
– la recherche d’une base de mobilisation la plus large possible, au-delà des secteurs de luttes plus traditionnels.

De plus, la Nuit Debout parisienne a servi de détonateur à l’émergence de rassemblement du même genre dans le France entière et même au-delà, au plus près des mobilisations locales, ce qui pourrait être un prémisse de ce que Bookchin appelle le municipalisme libertaire.
La pensée de Bookchin reste peu connue en France. Pour les raisons énoncées plus haut, il nous semble de toute première importante de la diffuser le plus largement, en miroir avec les autres courants de l’écologie radicale et avec les mouvements en cours.
Une nouvelle rencontre/formation sur  l’écologie sociale à Notre-Dame des Landes va dans ce sens.
Cette rencontre, sur une journée, aura d’abord pour but de proposer une mise à niveau collective sur les propositions de l’Ecologie sociale (radicale et autogestionnaire), ainsi que la poursuite de nos échanges sur l’éclairage que ces théories peuvent apporter au mouvement actuel de démocratie citoyenne et d’autonomie sociale.

Un programme précis vous sera communiqué ultérieurement.
Floréal Roméro traducteur de Bookchin en Espagne sera présent .

D’ors et déjà, trois lectures indispensables :

« Murray Bookchin et l’écologie sociale » de Vincent Gerber.

« Le municipalisme libertaire » de Janet Biehl

« Murray Bookchin pour une écologie sociale et radicale » de Vincent Gerber et Floréal Romero

Ovrages disponible sur notre site librairie librairie : www.objectiondecroissance.org/librairie

Il est probable que nous demanderons à chacun une participation au frais de l’ordre de 5€. Camping gratuit possible.

Pour vous inscrire à cette journée de formation : contact@rencontresecologiesociale.org

 

Le Carnet de la Décroissance numéro 2 vient de paraitre !

La fin des villes, reprise de la critique
Mécanismes et impensés de la métropolisation
et de ses Méga-Régions


Ouvrage coordonné par Guillaume Faburel et Mathilde Girault

associant 13 autres contributeurs,
tou-te-s militant-e-s et/ou chercheur-e-s.

Pour retisser des liens respectueux avec la terre face à la crise écologique, des liens plus justes face aux inégalités socio-territoriales béantes, des liens démocratiques face à la défiance envers les professionnels de la politique et leurs experts, la réponse de nos gouvernants est…13 Métropoles et 13 Méga-Régions.

Nombre magique pour conjurer le sort.

Mais lequel ? Celui d’enrayer un déclin de la croissance productiviste, en accélérant davantage le virage néolibéral de nos villes : dans la planification (financière), la production (capitaliste), le fonctionnement (marchand) et la gestion (entrepreneuriale) de l’urbain.

Ce numéro 2 des Carnets de la Décroissance propose de reprendre la critique, à la fois économique, sociale et écologique, des métropoles actuelles, en mettant en avant leurs effets internes (ex : ségrégations) comme externes (ex : exclusion des 2/3 du territoire national), ainsi que en lumière d’autres réalités allant à contre courant (décroissance urbaine, imaginaires de plus en plus négatifs de la grande ville, évaluation des bien-être régionaux…).

Cette reprise de la critique donnera lieu à une reprise de l’action par des alternatives habitantes et citoyennes dans le numéro 3 des Carnets de la Décroissance

Format A5 – 120 pages – 7 €

La traction animale en grande surface

Une prospective à l’ère de l’anthropocène                                

 La possibilité d’une agriculture vraiment durable

 

430 millions de paysans dans le monde utilisent 112 millions d’animaux de trait, tandis que seulement 30 millions d’agriculteurs – dont 85% dans les pays du Nord – utilisent la traction motorisée; enfin, 800 millions de paysans n’ont que leur mains et ne disposent parfois que d’une houe ( source FAO 2010 ).

Malgré l’hécatombe provoquée par l’expansion continue de l’agriculture industrielle, les animaux de trait ( chevaux, buffles, mulets, bœufs, ânes ) contribuent encore à nourrir une part importante, sinon majoritaire, de la population mondiale, souvent sur des marchés locaux dans des pays dits «pauvres», où ils sont d’ailleurs utilisés comme unité de référence pour évaluer la valeur des choses importantes.

Pour la plupart des paysans, la traction animale reste le rêve le mieux partagé, bien que souvent inaccessible, tandis qu’en occident, malgré une timide renaissance, elle est majoritairement perçue comme l’archétype du retour en arrière pénible (1).

La «découverte» de l’anthropocène au tournant du millénaire – c’est à dire de la nouvelle ère géologique ouverte par les conséquences des actions humaines – devrait  inciter les occidentaux à modifier leur perception de la traction animale, pour redécouvrir les qualités de résilience et d’efficacité de cette low-tech par excellence.

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Pour le climat, Grève de l’économie !

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Si le climat est bien issu d’une « organisation sociale », alors sa défense mérite une grève de l’économie !

Chacun peut constater que le climat est devenu le produit – ou plutôt le déchet – d’une organisation sociale : le capitalisme productiviste, c’est-à-dire un modèle industriel de production et de consommation qui induit des modes de vie appuyés presque exclusivement sur des énergies carbonées fossiles, et sont donc l’une des principales causes des dérèglements climatiques.

Cette organisation sociale se caractérise par l’engloutissement de la société par et dans l’économie. Cela signifie non seulement que toute la vie sociale est quasiment réduite à sa dimension économique mais aussi que c’est toute la chaîne économique qui s’attaque à tous les pans de la vie sociale : extraction → production → redistribution → consommation → déchets.

Car en amont de la production, il y a l’extraction c’est-à-dire une violence exercée contre la nature, réduite à n’être qu’un stock de « ressources ».

Car en aval de la consommation, il y a les déchets que les fariboles de l’économie circulaire présentent aussi comme des « ressources », mais qui empoisonnent l’air, l’eau et les sols.

Pas question enfin de croire qu’il suffirait d’une simple redistribution des « richesses » pour, comme par magie, rompre radicalement avec toute cette « économie » des gaspillages et des gâchis, écologiques, sociaux et bien évidemment démocratiques.

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L’élection crée une aristocratie, le sort organise une démocratie

Article paru dans « MOINS ! » journal romand d’écologie politique _ septembre-octobre 2013

Pour toute la philosophie politique jusqu’au 18° siècle, l’association du tirage au sort à la démocratie et de l’élection à l’oligarchie ou à l’aristocratie allait de soi, comme une évidence partagée qui n’a pas besoin d’être expliquée. Pour Montesquieu, « le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie, le suffrage par le choix est de celle de l’oligarchie » (1) Aristote était tout aussi clair : « il est démocratique, par exemple, de tirer au sort les magistrats ; oligarchique, de les élire ». (2)
Au contraire, depuis deux siècles, nous appelons démocratie les régimes ou l’élection détient un quasi monopole, tandis que le sort a disparu de la philosophie politique ; Le sens du mot démocratie n’ayant pas changé, un tel virage pratique interpelle. Il y aurait là comme une énigme historique à percer.

Les révolutionnaires des 17° et 18° siècles, qui ont mis en place le régime d’élections que nous connaissons encore aujourd’hui dans ses grandes lignes, ne voulaient pas instaurer une démocratie. Des deux côtés de l’atlantique, ils disaient « la différence énorme» entre le régime représentatif et la démocratie : « Les républiques modernes (…) n’accordent absolument aucun rôle au peuple en corps (…) expliquait Madison à Philadelphie en 1786, pour montrer la différence avec les anciennes républiques ; l’abbé Sièyès, qui a inspiré toutes les constitutions de la période révolutionnaire en France, voulait « faire du gouvernement une profession particulière » et a mis en place un cens d’éligibilité élevé pour filtrer les élus. (3)

La distinction élective

L’avènement du suffrage universel au 19° S. puis des partis politiques au tournant du 20°S., avec l’apparition des premiers élus ouvriers, ont incontestablement démocratisé les régimes représentatifs : c’est alors que le terme «démocratie représentative» est apparu. Mais ces progrès ont aussi obscurci la perception de l’élection, tandis que ses propriétés oligarchiques l’ont à nouveau emporté, dans le dernier quart du 20°S, principalement à cause des médias.Lire la suite »

Démocratie, sort et décroissance

Seules des assemblées populaires peuvent préparer une société de décroissance

 Beaucoup de démocrates sincères, y compris parmi les objecteurs de croissance, font toujours de l’élection un horizon indépassable de l’expression démocratique ( ce qui cautionne par ailleurs les guerres extérieures pour permettre la tenue « d’élections démocratiques » ). Ils attribuent en général les manquements démocratiques du système représentatif à sa mauvaise utilisation, à la manière d’élire, aux restrictions du suffrage, au non respect des promesses électorales, au manque d’éthique des élus, etc… mais jamais à l’élection en elle-même.

Pourtant, il nous faudra admettre que l’élection, qui légitime le système représentatif, est depuis ses origines un sérieux frein à la démocratie ; qu’elle comporte des traits oligarchiques jusque dans les partis ouvriers dès le 19° S. ( voir les classiques M. Ostrogorski, 1890 et R. Michels, 1911 ) ; que ces traits s’accentuent depuis plusieurs décennies et qu’ils participent à l’oligarchisation en cours des sociétés, au point qu’aujourd’hui « nous ne sommes déjà plus en démocratie, mais en oligarchie » ( H. Kempf, « l’oligarchie ça suffit.. », 2009 ).

Nous montrerons donc que l’élection possède intrinsèquement de solides propriétés aristocratiques incompressibles, qui font obstacle à une démocratisation politique ; et que les élites représentatives ont des difficultés structurelles à agir dans l’intérêt des petites gens. ( 1° partie )

Cependant, nous ne sombrerons pas – comme E. Chouard par exemple –  dans la vision « moniste » du tout ou rien ; nous renouerons avec la sagesse antique pour montrer que l’élection peut coexister avec d’autres modes de désignation, en particulier avec le tirage au sort, qui est intrinsèquement plus démocratique. Il nous faudra donc réfléchir aux conditions d’une complémentarité de ces deux modes de désignation. ( 2° partie )

Enfin, nous essayerons de démontrer que le tirage au sort d’une partie au moins du personnel politique est une condition politique indispensable à une décroissance effective des inégalités, à une appropriation populaire de la contrainte écologique, et à la possibilité de construction d’une société de décroissance sereine. ( 3° partie )

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SKYLANDER : ILS ont choisi la catastrophe écologique, NOUS aurons une catastrophe financière

L’avion renifleur de subventions a déjà englouti des dizaines de millions d’euros de fonds publics, et en redemande pour éviter le redressement judiciaire. Ou comment, en Lorraine aussi, les riches pillent et détruisent la planète à l’aide des deniers publics, au nom « de la croissance et de l’emploi ». Les objecteurs de croissance demandent d’arrêter les frais et d’organiser des jurys citoyens avant d’autoriser les projets coûteux pour les contribuables.Lire la suite »

Non au projet d’Ayraultport à Notre Dame des Landes

Non aux Grands Projets Inutiles Imposés (GPII) !
Non au projet d’Ayraultport à Notre Dame des Landes !

Contre la construction d’un 156ème aéroport en France !
Contre le béton, réclamons le droit à la terre !

Le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes, c’est :

Un projet inutile pour cause de double emploi avec le réseau ferroviaire et l’aéroport de Nantes-Atlantique

2000 ha de terres agricoles recouvertes par 30 cm de béton

Une facture estimée à 551 Millions d’Euros pour le contribuable dans un contexte de restriction budgétaire

Une ruine de la biodiversité, plusieurs fermes en zone humide supprimées et des centaines d’emplois agricoles menacés

1200 CRS déplacés pour expulser manu militari tous les habitants, des plus récents aux plus ancestraux

L’aviation civile, c’est :

Un moyen de transport pour riches (seul 1% de la population mondiale prend l’avion – source : LaRevueDurable n°11 juin 2004)

Du travail précaire et mal payé dans des compagnies Low-cost

Une catastrophe environnementale qui participe aux changements climatiques

Un secteur à l’avenir incertain, du fait de la hausse inéluctable du prix du kérosène, fabriqué à partir de pétrole

Stoppons ce projet inutile aux conséquences économiques, écologiques et sociales désastreuses !
Solidarité avec les agriculteurs et les habitants du bocage nantais !

« Nous y sommes » par Fred Vargas

Depuis 50 ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.

 

Mais nous y sommes : la Troisième Révolution qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. «  On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidement, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie – une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas

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