L’élection crée une aristocratie, le sort organise une démocratie

Article paru dans « MOINS ! » journal romand d’écologie politique _ septembre-octobre 2013

Pour toute la philosophie politique jusqu’au 18° siècle, l’association du tirage au sort à la démocratie et de l’élection à l’oligarchie ou à l’aristocratie allait de soi, comme une évidence partagée qui n’a pas besoin d’être expliquée. Pour Montesquieu, « le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie, le suffrage par le choix est de celle de l’oligarchie » (1) Aristote était tout aussi clair : « il est démocratique, par exemple, de tirer au sort les magistrats ; oligarchique, de les élire ». (2)
Au contraire, depuis deux siècles, nous appelons démocratie les régimes ou l’élection détient un quasi monopole, tandis que le sort a disparu de la philosophie politique ; Le sens du mot démocratie n’ayant pas changé, un tel virage pratique interpelle. Il y aurait là comme une énigme historique à percer.

Les révolutionnaires des 17° et 18° siècles, qui ont mis en place le régime d’élections que nous connaissons encore aujourd’hui dans ses grandes lignes, ne voulaient pas instaurer une démocratie. Des deux côtés de l’atlantique, ils disaient « la différence énorme» entre le régime représentatif et la démocratie : « Les républiques modernes (…) n’accordent absolument aucun rôle au peuple en corps (…) expliquait Madison à Philadelphie en 1786, pour montrer la différence avec les anciennes républiques ; l’abbé Sièyès, qui a inspiré toutes les constitutions de la période révolutionnaire en France, voulait « faire du gouvernement une profession particulière » et a mis en place un cens d’éligibilité élevé pour filtrer les élus. (3)

La distinction élective

L’avènement du suffrage universel au 19° S. puis des partis politiques au tournant du 20°S., avec l’apparition des premiers élus ouvriers, ont incontestablement démocratisé les régimes représentatifs : c’est alors que le terme «démocratie représentative» est apparu. Mais ces progrès ont aussi obscurci la perception de l’élection, tandis que ses propriétés oligarchiques l’ont à nouveau emporté, dans le dernier quart du 20°S, principalement à cause des médias.Lire la suite »

Démocratie, sort et décroissance

Seules des assemblées populaires peuvent préparer une société de décroissance

 Beaucoup de démocrates sincères, y compris parmi les objecteurs de croissance, font toujours de l’élection un horizon indépassable de l’expression démocratique ( ce qui cautionne par ailleurs les guerres extérieures pour permettre la tenue « d’élections démocratiques » ). Ils attribuent en général les manquements démocratiques du système représentatif à sa mauvaise utilisation, à la manière d’élire, aux restrictions du suffrage, au non respect des promesses électorales, au manque d’éthique des élus, etc… mais jamais à l’élection en elle-même.

Pourtant, il nous faudra admettre que l’élection, qui légitime le système représentatif, est depuis ses origines un sérieux frein à la démocratie ; qu’elle comporte des traits oligarchiques jusque dans les partis ouvriers dès le 19° S. ( voir les classiques M. Ostrogorski, 1890 et R. Michels, 1911 ) ; que ces traits s’accentuent depuis plusieurs décennies et qu’ils participent à l’oligarchisation en cours des sociétés, au point qu’aujourd’hui « nous ne sommes déjà plus en démocratie, mais en oligarchie » ( H. Kempf, « l’oligarchie ça suffit.. », 2009 ).

Nous montrerons donc que l’élection possède intrinsèquement de solides propriétés aristocratiques incompressibles, qui font obstacle à une démocratisation politique ; et que les élites représentatives ont des difficultés structurelles à agir dans l’intérêt des petites gens. ( 1° partie )

Cependant, nous ne sombrerons pas – comme E. Chouard par exemple –  dans la vision « moniste » du tout ou rien ; nous renouerons avec la sagesse antique pour montrer que l’élection peut coexister avec d’autres modes de désignation, en particulier avec le tirage au sort, qui est intrinsèquement plus démocratique. Il nous faudra donc réfléchir aux conditions d’une complémentarité de ces deux modes de désignation. ( 2° partie )

Enfin, nous essayerons de démontrer que le tirage au sort d’une partie au moins du personnel politique est une condition politique indispensable à une décroissance effective des inégalités, à une appropriation populaire de la contrainte écologique, et à la possibilité de construction d’une société de décroissance sereine. ( 3° partie )

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Communiqué officiel « Est Décroissance 2014 » – Elections Européennes

Elections Européennes 2014

Communiqué de presse de la liste « Est Décroissance 2014 »

Comme en 2009, les Objecteurs de Croissance seront présents aux élections européennes de 2014 pour tenter d’empêcher le suicide écologique en cours : en effet, la fin de la croissance n’est pas une crise dont on pourrait sortir, mais une mutation qui préfigure un lent effondrement du modèle de production et de consommation occidental, car des limites physiques irréversibles ont été franchies.

Pour autant, les Décroissants ne cèdent pas à la sinistrose mais proposent de retarder l’entropie et de s’organiser pour  « vivre mieux avec moins », ce qui passe par une rupture écologique dans les politiques actuellement menées en Europe, c’est-à-dire principalement :

–  permettre une relocalisation de l’économie par la fin du libre-échange, le refus du TAFTA en cours, un retour à des droits de douanes pour les marchandises, une taxation écologique du transport longue distance et un arrêt des Grands Projets Inutiles Imposés (GP2I) de transports et de métropolisation, qui organisent une mise en concurrence déloyale des territoires.

– garantir une souveraineté alimentaire des peuples par une réduction et une reconfiguration de la PAC,  qui permette la renaissance d’une agriculture paysanne et de la biodiversité.

– retrouver une souveraineté monétaire par le retour du droit à l’émission, par des banques publiques, de monnaies (locales, régionales et nationales) avec maintien d’un système monétaire européen.

– favoriser l’égalité et la solidarité par la mise en place d’une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA) pour tous les citoyens de l’UE et par l’instauration, dans chaque pays, d’un revenu minimum et maximum sur la base d’un espace écologique d’inégalités allant de 1 à 4 ou 6.

– tendre vers une sobriété énergétique collective pour 1- se passer du nucléaire 2- réduire l’extractivisme 3- empêcher l’exploitation des ressources non-conventionnelles comme les gaz de schiste ou de houille 4- s’accorder ensemble sur des solutions pacifistes au sujet de l’eau, de l’énergie et des matières premières, générant partout dans le monde des conflits meurtriers orchestrés par les occidentaux : Irak, Libye, Mali, Centrafrique, voire Syrie, Ukraine … 5- redéfinir une coopération avec les pays dits « pauvres » évitant la corruption structurelle et redonnant aux peuples indigènes et tribaux ( Amazonie, Guyane…) la possibilité de « choisir librement leur destin » (Convention 169 de l’OIT).

– permettre une décroissance des inégalités en redonnant du pouvoir aux peuples par la création d’un Sénat des peuples européens, tiré au sort chaque année, en remplacement de la Commission Européenne, repaire de l’oligarchie capitaliste productiviste depuis sa  création.

Nos autres propositions sont basées sur l’option de la décroissance des gaspillages et des inégalités dans tous les domaines de la société,  pour retrouver un équilibreécologique et social qui favorisera également la santé.

La liste Est décroissance 2014 établie par tirage au sort se présente pour ces élections, malgré un financement quasiment à zéro euro, pour promouvoir une vision de l’Europe plus chaleureuse et solidaire.

« Aucune cause n’est perdue tant qu’elle n’est pas abandonnée »

Contacts : <estdecroissance2014@laposte.net>  /  03.83.23.63.14  /  06.21.23.44.31  /  06.16.396.396

Sites : http://decroissance-elections.fr/ et pour la circonscription Grand Est : https://epoc54.wordpress.com/

La décroissance, une autre manière de bien vivre ensemble

« Travailler plus pour gagner plus », thème à succès au moment du pic de production du pétrole, signifiait déjà l’avènement de la décroissance et de son rejet désespéré, qui l’accélère.

Nous sommes la seule force politique qui propose de choisir la décroissance pour ne pas la subir.

1)        Arrêter tout – ou presque – est devenu une mesure de salubrité publique ; la croissance économique n’est pas la solution mais bien le problème à l’origine de la destruction irréversible des ressources, des modifications menaçantes du climat et de l’extinction des espèces ; les conséquences en sont déjà multiples : terres stérilisées, épuisement des ressources, climat déréglé, cherté croissante des produits de base, exploitation humaine et misère sociale, milieux de vie dégradés, société de compétition désagrégée, absence de sens…. Pourtant, la croyance en la croissance « sans laquelle rien n’est possible » continue d’inspirer toutes les politiques publiques. La promesse de l’abondance matérielle pour tous, entretenue pour le profit de quelques-uns, pourrait bien nous mener à la pénurie généralisée.


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SKYLANDER : ILS ont choisi la catastrophe écologique, NOUS aurons une catastrophe financière

L’avion renifleur de subventions a déjà englouti des dizaines de millions d’euros de fonds publics, et en redemande pour éviter le redressement judiciaire. Ou comment, en Lorraine aussi, les riches pillent et détruisent la planète à l’aide des deniers publics, au nom « de la croissance et de l’emploi ». Les objecteurs de croissance demandent d’arrêter les frais et d’organiser des jurys citoyens avant d’autoriser les projets coûteux pour les contribuables.Lire la suite »

Non au projet d’Ayraultport à Notre Dame des Landes

Non aux Grands Projets Inutiles Imposés (GPII) !
Non au projet d’Ayraultport à Notre Dame des Landes !

Contre la construction d’un 156ème aéroport en France !
Contre le béton, réclamons le droit à la terre !

Le projet d’Aéroport de Notre Dame des Landes, c’est :

Un projet inutile pour cause de double emploi avec le réseau ferroviaire et l’aéroport de Nantes-Atlantique

2000 ha de terres agricoles recouvertes par 30 cm de béton

Une facture estimée à 551 Millions d’Euros pour le contribuable dans un contexte de restriction budgétaire

Une ruine de la biodiversité, plusieurs fermes en zone humide supprimées et des centaines d’emplois agricoles menacés

1200 CRS déplacés pour expulser manu militari tous les habitants, des plus récents aux plus ancestraux

L’aviation civile, c’est :

Un moyen de transport pour riches (seul 1% de la population mondiale prend l’avion – source : LaRevueDurable n°11 juin 2004)

Du travail précaire et mal payé dans des compagnies Low-cost

Une catastrophe environnementale qui participe aux changements climatiques

Un secteur à l’avenir incertain, du fait de la hausse inéluctable du prix du kérosène, fabriqué à partir de pétrole

Stoppons ce projet inutile aux conséquences économiques, écologiques et sociales désastreuses !
Solidarité avec les agriculteurs et les habitants du bocage nantais !

« Nous y sommes » par Fred Vargas

Depuis 50 ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.

 

Mais nous y sommes : la Troisième Révolution qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. «  On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidement, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie – une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas

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